COMMENT MON NOUVEAU LOOK A DOPÉ MA CARRIÈRE

QU’ON LE VEUILLE OU NON, NOUS SOMMES CATALOGUÉS SELON L’IMAGE QUE NOUS DONNONS DE NOUS-MÊMES. ET NOS RELATIONS, NOTAMMENT PROFESSIONNELLES, SONT BASÉES SUR CETTE APPARENCE. IL N'EN FAUT PAS PLUS POUR QU'UN CHANGEMENT DE LOOK BOULEVERSE TOUT L'ÉQUILIBRE ÉTABLI AU BUREAU. TÉMOIGNAGES.

 

À 35 ans, Sonia change de travail et entre dans une agence de publicité en mai 2014, « au début je me suis forcée à venir habillée de manière décontractée, comme c’est le cas dans ce domaine en général, mais au bout de quelques mois j’ai eu envie de changer. Les talons, les pantalons de costume, c’est ainsi que j’aime travailler. Depuis, c’est presque comme si j’avais été promue ou si j’avais un autre statut, mes collègues me prennent encore plus au sérieux et demandent tout le temps mon avis. Mais j’ai juste mis des chaussures et un pantalon plus stricts ! ». Assez, visiblement, pour être considérée différemment.

C'est comme si j'avais été promue

 

Pour d’autres, l’effet a été inverse, comme pour Clara. Cette femme de 40 ans en CDI depuis 5 ans dans une banque a décidé, après de longues vacances, d’arborer une nouvelle coiffure. « Je suis revenue avec les cheveux courts et un peu colorés, mais rien de choquant ou de vulgaire. Mon patron m’a tout de suite demandé si je n’avais pas de problèmes, si tout allait bien. En revanche, plus aucune allusion à la promotion qui m’était promise à la rentrée. En plus, si certains de mes collègues se sont rapprochés de moi, d’autres, avec qui je m’entendais très bien, ont pris leurs distances, surtout des femmes. Comme si passer du châtain au blond avait changé ma personnalité ».

 

« L’apparence est primordiale »

 

Deux témoignages, mais un même constat : le changement de look n’a pas laissé indifférent. Une réaction expliquée par Dominique Oulerat, psychologue spécialiste du travail : « pour bien des gens l’apparence est primordiale. Une personne est autant identifiée par son style que par son caractère, voire plus. La modification de cet aspect extérieur implique forcément une évolution dans les rapports avec ses collègues. Tout a une signification, tout est interprété ». Autrement dit, l’habillement et la coiffure véhiculent des codes qui définissent ce que vous êtes aux yeux de votre entourage.

Le témoignage de Salomé, 38 ans, ne fait que confirmer l’analyse du psychologue : « je suis arrivée dans une boite de communication avec ma peau un peu mat et mes cheveux frisés. J’ai senti que les gens étaient surpris, qu’ils ne s’attendaient pas à ça. Ils étaient déstabilisés. Même après plusieurs mois, ils ne se sont pas complètement habitués ». Et puis, un jour, tout a changé « après une tentative de coiffure ratée je suis venue avec les cheveux lisses. Immédiatement, j’ai vu que cela collait beaucoup plus et que j’avais gagné de la crédibilité auprès de mes collègues. C’est d’ailleurs à partir de ce moment-là que j’ai commencé à progresser dans la hiérarchie ».

 

« Cela nous rassure de tout cataloguer »

Les différents looks seraient donc associés à des préjugés. « Le problème est que, même inconsciemment, nous avons tendance à cataloguer ceux qui nous entourent, cela nous rassure, et notamment selon leur apparence. Pour les trois quarts des gens, une personne avec les cheveux en bataille habillée en jean et tee-shirt sera catégorisée comme pas très sérieuse. Au contraire, une femme portant des talons, un pantalon noir et une veste sera vue comme rigoureuse, encore plus si elle a un chignon et des lunettes ». Changer de style pourrait donc permettre le passage d’une catégorie à une autre.

Et si certains l'ont appris par hasard, d'autres ont su mettre le pouvoir des apparences à leur profit. C’est ce qu’a fait Hélène : « lors de ma première année au bureau, je me suis toujours habillée de manière très classe et stricte, et même si j’allais vers les gens et que j’essayais de nouer des liens, je sentais une certaine distance imposée par eux. Un jour je n’ai plus supporté cette situation et j’ai troqué le tailleur pour le jean et la veste pour le pull cool. Et ma stratégie a marché puisque, désormais, je suis complètement intégrée. Mais quand j’y pense, c’est dommage d’être jugée pour son apparence et pas sur sa personnalité ».

 

 

À PROPOS DE L'AUTEUR

Nicolas Basse

Journaliste Madame Figaro

Passé par Le Point, Sofoot, Le Monde Magazine et l'Express Styles etblogueur.

Sur Twitter : @nicolas_basse

 

http://madame.lefigaro.fr/societe/changer-de-look-a-modifie-mes-relations-de-travail-060115-93644

 

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